Filice Antone Guelfucci

Traduction en français de l'hommage rendu par Minicale à FiliceAntone Guelfucci en ouverture de la fête du violon août 98.

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" Le 2 juillet 1998, Filice Antone Guelfucci s'en est allé...

Sans un bruit, sans prevenir...Pas même le temps de lui dire au revoir...Pourquoi si vite ?...Qui l'aura appelé ?. ..Qu'avait-il de si urgent à faire ?
Il nous quitté presque en s'enfuyant... Un peu comme quand enfant, il sortait en cachette par la fenêtre pour aller écouter les violoneux du village.
Aujourd'hui, il a répondu à leur appel, il s'en est allé les retrouver là-haut.
Et nos violons pleurent...
Notre quadrille si joyeux marque lui aussi le pas, et chacun mesure sa peine...
Ici-bas, Filice Antone ne pouvait plus jouer, alors il est parti au pays des musiques éternelles. Et maintenant, tous les anciens violoneux se sont retrouvés.
Si on en croit ce qui se dit, ils passent leur temps à faire de la musique. Ecoutez avec votre coeur, tendez l'oreille au souffle de la brise ... Vous entendez ? ... Ce sont eux."




Filice Antone Guelfucci a toujours été passionné de musique . Mais, quand il était enfant, ses parents jugeaient plutôt que c'était du temps perdu. Alors, quand il y avait un bal dans le village, Filice Antone et son frère Marcel sautaient par la fenêtre à la dérobée et partaient écouter les musiciens du village, joueurs de violons et d'accordéon. A dix ans, il apprend à jouer du violon avec un parent, Marcu Turchini qui l'accompagnera plus tard au banjo.

Ainsi, il commence à jouer avec les anciens du village et des environs , faisant danser des nuits entières sur ces vieux planchers poussiéreux.

... Et puis, il est obligé de partir pour gagner sa vie. Trente ans de carrière comme facteur à Paris puis à Ajaccio lui font ranger son violon. Trente ans de silence jusqu'à l'année soixante-treize.

Tout change alors. Son fils Petru commence à faire le tour de la Corse avec un groupe de jeunes chanteurs qui se sont promis de rendre à la musique corse ses lettres de noblesse . Cette renaissance culturelle lui donne envie de reprendre le violon. Et sous ses doigts un peu engourdis résonnent à nouveau quadrilles, valses, mazurkas et scottishes...

C'est un souffle nouveau qui est rendu à une musique que tout un chacun croyait bien disparue.

Aujourd'hui nombreux sont les jeunes qui jouent du violon en Corse. Tous ont été formés à la même école, celle de Filice Antone Guelfucci.
Ainsi, après avoir fait dansé son village, Filice Antone a participé à la renaissance culturelle de la Corse en faisant découvrir le quadrille et en formant toute une génération de jeunes musiciens.

Mais le quadrille a changé (un peu) depuis 1973, partis de 5 figures, nous en sommes actuellement à une cinquantaine. Est-ce un bien ou un mal ? Si Filice Antone nous avait appris une danse désuette, sans vie, une pièce de musée, nous l'aurions sûrement dansé un peu et en aurions eu assez au bout de quelques temps. Seulement voila, ce qu'il nous a transmis c'était un véritable souffle de vie, une danse incroyablement pleine d'une force qui ne demandait qu'à repartir.

En fait, Filice Antone nous a appris beauoup plus que la manière de tenir son bras ou de mettre les pieds. Il nous a offert l'esprit des bals de chez nous, le plaisir de danser ensemble hommes et femmes- bien sûr- mais aussi tous ensemble, de rire et faire la fête dans un bon esprit de sympathie et de partage.

Aujourd'hui, la Corse entière retrouve le plaisir de danser la quadrille. tous les ans, il nous faut répondre à de nouvelles demandes pour faire des ateliers un peu partout, les enfants l'aprennent à l'école. Dans ce monde de solitude de plus en plus froid, le quadrille arrive juste à point pour répondre au besoin de se retrouver pour faire la fête ensemble.

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